Comprendre et accompagner les pleurs du soir
Les pleurs du bébé peuvent parfois nous laisser désarmés et impuissants. Difficiles à comprendre et à calmer, ils laissent souvent place au doute et aux inquiétudes. Parmi ces pleurs, les pleurs du soir viennent souvent ajouter aux inquiétudes des jeunes parents. Alors, comment comprendre et accompagner les pleurs du soir ?
Mettre les pleurs en contexte
Avant de répondre au pleur, il est utile de poser un contexte : comment s'est passée la journée ? Qui est venu à la maison ? Quelle était l'ambiance ? Y a-t-il un inconfort physique ou un problème de santé à écarter en priorité ? Ces éléments permettent de mieux identifier la cause et d'agir de manière plus ciblée.
Le pleur comme seul moyen d'expression
Chercher immédiatement à faire cesser les pleurs, c'est oublier qu'ils sont, au tout début de la vie, le seul moyen d'expression de l'enfant — pour la faim, le besoin de contact, l'inconfort corporel, la désorientation. Il ne s'agit pas de laisser pleurer, mais de se tranquilliser et de se demander ce que ce pleur signifie.
Règle des trois : un enfant qui pleure plus de trois heures par jour, plus de trois fois par semaine, pendant plus de trois semaines, appelle une consultation médicale ou un accompagnement spécialisé.
Accueillir l'émotion par la parole
Très tôt, l'enfant a besoin qu'on reconnaisse son émotion par la parole. Même sans réponse verbale de sa part, lui formuler des hypothèses (« peut-être tu as faim », « peut-être tu as chaud ») lui porte des intentions et constitue le début du langage.
En nommant ce qu'il vit et en interposant un objet ou une action dans la réponse (« tu veux ton doudou, je vais te le donner »), on lui apprend progressivement qu'il y a quelque chose entre lui et le besoin — une médiation possible. Lorsqu'il est un peu plus grand, c'est de cette construction que viendra le « je veux », puis le « non », puis toute la dynamique du “je”et de l'expression de soi.
Ce que l'on peut faire face aux pleurs du soir
Prendre dans les bras, porter, bercer, masser, parler doucement, simplement rester près de l'enfant — toutes ces réponses sont valides et complémentaires. Lorsqu'on a vérifié que le confort physique est assuré (couche, température, bien-être général), et que plusieurs moyens ont été essayés, certains enfants trouveront ce qui leur correspond. D'autres auront besoin de plus de temps.
Un outil parmi d'autres : passer le relais à l'autre parent. Ce n'est pas une défaite, c'est une ressource.
La co-régulation : le rôle de la posture parentale
La co-régulation, c'est la capacité à réguler ensemble — rythme cardiaque, température, gestes — et elle précède l'autorégulation que l'enfant développera plus tard. Ce n'est pas à l'enfant de s'autoréguler d'abord : c'est à l'adulte de montrer le chemin.
Cela suppose que le parent soit lui-même en mesure de s'autoréguler, de ne pas se fondre dans l'émotion de l'enfant, tout en la reconnaissant pleinement. Une posture sereine — plus facile à dire qu'à faire — lui dit : je suis là, j'entends, on va traverser ça ensemble.
Si la peur d'entendre son enfant pleurer ou de ne pas savoir comment répondre est trop présente, c'est le signal pour échanger avec d'autres parents, avec des professionnels. Parfois, c'est juste un ajustement minime à trouver, ou simplement le besoin d'être soutenu dans cette part difficile d'être parent.Que sont les pleurs du soir ?
Comme leur nom l’indique, ce sont des pleurs survenant en fin de journée. Ils sont souvent associés à une agitation et sont difficiles à calmer. On parle généralement de ces pleurs du soir dans la période allant de la troisième semaine jusqu’aux 3 mois de bébé. Les jeunes parents sont bien souvent désemparés face à cette manifestation qu’ils ne parviennent pas trop à expliquer. Les questionnements sont alors nombreux : "Pourquoi mon bébé pleure-t-il le soir ?", "Dois-je laisser pleurer mon bébé ?", "Dois-je l’habituer aux bras au risque qu'il en profite ensuite ?" Tout autant de questions qui laissent place au doute… Et c’est humain !
Comprendre les pleurs du soir
Cette agitation, bien que très éprouvante pour les parents, est tout à fait normale.
Dès sa naissance, le nouveau-né reçoit de très nombreuses sollicitations sensorielles (visuelles, auditives, tactiles…). Or, dans son cerveau en élaboration, le traitement des informations n’est pas encore mature. Il est donc très fréquent que votre bébé se retrouve submergé pas ces informations. Les pleurs sont alors un moyen pour lui d’évacuer les tensions et la surcharge d’informations reçues au cours de la journée. Les pleurs du soir peuvent également être assimilés à une décharge émotionnelle.
On parle ainsi très souvent des pleurs de décharge. En effet, le nouveau-né vit beaucoup de choses pendant la journée. Chaque son, image ou émotion est une nouveauté pour lui et génère des sensations fortes avec parfois un excès d’émotion. Votre enfant, à cet âge, n’est pas encore capable d’apaiser lui-même toutes les excitations reçues de l’extérieur ; il les ressent alors comme des agressions extérieures. Les pleurs sont alors sa manière d’évacuer le stress, l’excitation ou le trop plein d’énergie.
Les pleurs peuvent en outre être le signe d'une grande fatigue pour bébé. Et, à cet âge, un bébé s’endort en sommeil agité. Les pleurs sont donc bien souvent sa manière d’entrer dans le sommeil. Notre article sur le sommeil du nouveau-né entre 0 et 2 mois pourra vous apporter des précisions à ce sujet.
Chez l’enfant plus grand, les pleurs du soir peuvent être liés à l’angoisse de séparation. Mais vous l’aurez compris, cela ne correspond pas à proprement parler aux pleurs du soir qui nous intéressent ici. Vous pouvez néanmoins découvrir notre article sur L’angoisse du 8ème mois pour en savoir plus
Comment accompagner les pleurs du soir ?
Voici quelques conseils pour vous aider à traverser cette étape difficile :
Répondre aux besoins de votre bébé
Au cours des premiers mois de vie, les pleurs sont l’un des principaux modes de communication de votre bébé. C’est le moyen dont il dispose pour vous faire part de ses besoins. Face aux pleurs de votre bébé, commencez donc pas vous assurer que ses besoins sont satisfaits : a-t-il faim ? dois-je changer sa couche ? est-il souffrant ?
Du calme
Pour limiter les trop plein d’émotions, pendant cette période délicate, nous vous conseillons de favoriser des journées paisibles et ce d’autant plus en fin d’après-midi.
Accompagner les pleurs
Pendant les cris et pleurs du soir, vous ne pouvez qu’attendre que cela passe. Néanmoins, il est important de pouvoir accueillir ces pleurs pour montrer à votre bébé qu'il n'est pas seul face à ces émotions fortes. Selon les besoins de votre enfant n'hésitez pas à le câliner, à l'envelopper dans vos bras, le bercer et l’accompagner en lui parlant tout doucement. Vous pouvez aussi entonner une berceuse, partir en promenade… Alors stop aux « on dit », prenez et bercez votre bébé autant que vous en avez envie ! Car ce sentiment de sécurité intérieure est fondamental pour développer un attachement sécure dont les bienfaits sont nombreux !
Les bercements
Pour l’accompagner dans son apaisement, nous vous conseillons d’adopter un mode de portage à bras adapté et de lui proposer des bercements. Installez votre bébé sur le ventre, le long de votre bras, puis appliquez un bercement dans les trois plans de l’espace : haut/bas, gauche/droite, devant/derrière. Nous vous suggérons de réaliser ces bercements en chantonnant, car il est bien connu que la vie est bien plus belle en chantant !
Contenir votre bébé
L’emmaillotage peut également être bénéfique pendant cette période. Il apaise bébé en lui offrant contenant et réassurance.
Le peau à peau
La peau, avec ses récepteurs sensoriels, assure la protection de l’organisme : en prenant votre enfant tout nu contre vous, en lui offrant ce contact de votre peau avec la sienne, vous venez procurer à votre enfant un sentiment de réconfort et de sécurité dont il a tant besoin. Le peau à peau offre ainsi de nombreux bienfaits à votre bébé.
Le portage en porte-bébé ou à bras
La portage peut être une excellente ressource pour accompagner les pleurs de votre bébé. Il permet en effet de contenir votre bébé tout en lui offrant un corps à corps rassurant et des bercements réconfortants. Si vous allez vous promener, cela permet en outre de diminuer la pression pour vous comme votre bébé. Le changement d'air, les bruits de la nature par exemple, associés aux mouvements vous permettront de changer votre état d'esprit face à cet épisode de pleurs.
Passer le relai
Les pleurs du soir peuvent être très éprouvants. Il est alors très facile de se sentir soi-même submergé par ses émotions. Il est important d'en être conscient pour ne pas se laisser dépasser pas la situation. Si les pleurs de votre bébé vous inquiètent ou vous stressent outre mesure, (ou si vous ne les supportez plus) n’hésitez pas à passer le relai. Votre partenaire, une amie, un baby-sitter, un professionnel de santé peuvent alors vous permettre de souffler quelques minutes ou un peu plus longtemps selon vos besoins. Et si vous êtes seul(e) avec votre bébé et que la situation est trop pesante, il sera toujours préférable de poser votre bébé en sécurité dans son lit quelques minutes afin de vous permettre de vous calmer.
Pour finir,
Comme nous l'avons précisé en début d'article, les pleurs du soir sont normaux. Bien qu'impressionnants, ils ne durent généralement pas. Surtout, ne culpabilisez pas ! Vous vous sentez probablement impuissant(e) face aux pleurs de bébé et cela vous brise le cœur mais vous n’y êtes pour rien. N'hésitez pas à aller regarder la vidéo de Jeanne, l'une des psychologues de l'équipe, sur la gestion des pleurs du soir.